Récit de mon premier 100 km: Dans l’enfer de Millau

Le récit de MIllau, une course mythique
Le récit de mon premier 100km à Millau en 2017.
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Laetitia Heslouis
Laëtitia Heslouis a des tâches de rousseur, adore Paris et a un chat super Zen. C'est aussi la fondatrice de Skappy !

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit un témoignage sur une expérience de trail mais je suis contente en ce mois d’octobre de vous faire un retour sur mon premier (et dernier) 100 Km. Oui, vous avez bien entendu, c’est officiel, je suis 100 borneuse. Je suis toute émue !

UNE COURSE MYTHIQUE

Bon, revenons quand même sur le périple de cette course. Le samedi 29 Septembre, se tenait la 46ème édition des 100 km de Millau. Une course mythique 100% bitume ou de gentils accompagnateurs en vélos portent et supportent leur binôme tout au long de la course. Près de 2000 coureurs étaient sur la ligne de départ. Alors qu’est-ce que je suis allée faire là-bas moi qui déteste les courses sur route. Vincennoise, je n’ai jamais voulu faire le marathon de Paris ou n’importe quelles autres courses du genre. Non, moi mon premier marathon, ce fut le marathon du Mont Blanc, avant d’enchaîner sur le 80 km des Pyrénées ou la Saintélyon 75 km qui pourrait se rapprocher plus de Millau, c’est pour dire à quel point je ne porte pas dans mon cœur ce style de course. Et pourtant, le challenge, les paysages à couper le souffle et les barrières horaires larges (le temps maxi pour arriver c’est 24H) m’ont décidée à accepter ce challenge.

LES PRÉPARATIFS DE LA COURSE DE MILLAU

Avant de parler de la course en elle-même, parlons des préparatifs. Nous sommes arrivés 2 jours avant pour avoir le temps de nous acclimater à l’altitude, non je plaisante bien sûr. Nous apprécions d’arriver en avance pour prendre notre temps. Nous avons pris nos marques dans notre petite maison d’hôtes située à seulement 500 mètres du départ et donc de l’arrivée ce qui est assez pratique lorsqu’on sait que nous allions faire partie du flop 200 ou 300.

Le vendredi, nous sommes allés chercher les dossards dans le village de course, l’organisation est très bien rodée, nous sommes repartis avec notre tee-shirt et nos dossards dans une ambiance année 80, vous savez les chansons du genre Voyage Voyage de Désireless ou Plus près des Étoiles du groupe Image. Ce qui m’a le plus étonnée, ce sont les stands du village de course, normalement on a droit aux sponsors, aux matériels, à l’alimentation de trail, aux manchons de compressions ou aux chaussures mais là non, je ne suis même pas certaine d’avoir vu le stand de Mizuno pourtant sponsor officiel de Millau. A la place, c’était plutôt, stand de gâteaux briochés, saucissons et roquefort, c’était assez rafraîchissant en fait. Ensuite, retour à la chambre pour préparer le sac final. Même si je sais que la plupart ne prennent quasiment rien, je préfère prévoir et en mettre plus dans le sac, au moins si j’ai froid j’aurai ce qu’il faut. Au final j’apporterai dans mon dos : une paire de chaussettes de rechange, un haut long pour le soir, mon imperméable, mes gants, mon bonnet et ma frontale pour la nuit.

J’apporte également un petit Kiffe spécial trail plaisir. Depuis que je sais que les coureurs du tour de France peuvent se gaver de 10 kg de bonbons par jour d’étape, ça m’a donné une idée. Et si je prenais des bonbons Haribo en cas de coup de barre ? Je sais, ce n’est pas bon pour ma santé, c’est plein de colorants, de conservateurs et tout et tout et tout mais là c’est le genre de moments où j’ai le droit de m’empiffrer de ces cochonneries sans culpabiliser, mon corps aura besoin de sucre rapide c’est top, alors je me laisse retomber en enfance et me fais plaisir avec une poignée de fraises tagada, de réglisses et de mini Twix, le pied quoi. Pour le ravito perso, à part ce petit Kiffe régressif, je ne prends rien car je sais qu’il y a suffisamment de ravitos tout au long du parcours, on ne manquera de rien ni à boire ni à manger. Et ça y est, le sac est prêt.

19H, la veille au soir, nous sommes allés manger assez tôt et avons trouvé un resto de couscous pour changer des pâtes et des pizzas, de toute façon, le choix à Millau n’est pas très fourni.  Le couscous était bon même si ce n’est pas le meilleur que j’ai mangé de ma vie puis retour à la chambre d’hôte et dodo direct.

UN DÉPART PROMETTEUR

9H30, le 29 Octobre, nous nous dirigeons tranquillement vers l’avenue Jean Jaurès à Millau pour que le départ soit donné par notre prestigieuse ministre des sports Laura Flessel. Bon, le discours fut un peu pourri mais l’intention était là.

10H, top départ de cette première boucle, le 1er marathon. Comme je suis incapable de courir 100 km d’une traite et que mon objectif c’est de terminer la course, nous avons choisi de tenter la méthode Cyrano avec mon chéri, non pas la pièce de théâtre …Cyrano, ça consiste à alterner marche et course à intervalles réguliers pour performer sur de longue distance. En théorie, ça devait coller, nous avions testé cette tactique de course lors des entraînements en sorties longues et c’était ok mais le jour J, un élément n’avait pas été pris en compte : bien que le parcours du premier marathon ne soit pas très vallonné, il n’empêche qu’il n’est pas plat non plus, ça monte légèrement avant de redescendre et on recommence comme ça pendant 42 bornes. Du coup, nous avons mis en place un Cyrano que j’appellerai topographique, plus au feeling suivant les aléas du terrain…Dans la réalité, c’est en fait la technique que j’utilise depuis que j’ai commencé à courir des trails en montagne, j’ai toujours réussi à m’en sortir grâce à elle. Rien de nouveau !

Les premières impressions ont été super agréables, je me sentais bien, les jambes était reposées, le souffle était calme, aucune difficulté de terrain contrairement à mon précédent trail à Verbier cet été et dont je vous ferai également un retour sur un autre article. L’une de mes appréhensions avant la course était lié à l’ennui à cause du bitume et des longues lignes droites. J’ai été surprise de prendre du plaisir à regarder au loin devant la horde de coureurs, c’était même grisant.  J’ai apprécié également les paysages autour de la route, les petits villages encastrés dans la roche, la couleur des arbres, rouges, oranges et jaunes. Mais la galère allait commencer à pointer le bout de son nez et avait bien l’intention de me pourrir ma course.

LE DÉBUT DE L’ENFER

Très rapidement, vers le 3ème km, j’ai commencé à ressentir des frottements au niveau des voûtes plantaires, entre mes semelles orthopédiques et mes chaussures Hoka. Je tiens à faire un aparté sur les semelles orthopédiques bien que je ferai sûrement un article suite à cette expérience sinistre. A cause de problèmes récurrents aux genoux dus à une mauvaise posture, cela fait plus de 10 ans que je me fais faire des semelles orthopédiques, soi-disant pour « éviter » les dégâts à long terme. Normalement, je les fais faire à l’INSEP à Vincennes mais cette année, je ne sais pas ce qui m’a pris, je suis allée dans un cabinet de podologie à Vincennes, un cabinet qui dit être « spécialisé » en course à pieds ! Erreur fatale…

Sur des Trails en montagne, il y a des changements d’allures, de terrains, des foulées plus petites, des changements d’appuis tout au long du parcours alors que sur le bitume c’est tout l’inverse, les foulées sont répétitives, les appuis sont parfaitement identiques. Alors, quand vous commencez à avoir mal sur vos appuis principaux, ça douille vite et pendant longtemps, ce qui fût mon cas à Millau. La douleur commençant à s’immiscer dès les premiers kilomètres, je me suis arrêtée une première fois lors d’un ravito pour poser des sparadras…ils sont partis aussi vite que je les avais mis. Heureusement qu’il y a beaucoup de ravitos et des postes de secours réguliers, j’ai donc eu le privilège de tester les postes de secours (compresses, bandages, compresses+ bandages). Ils sont vraiment adorables et aux petits soins. Merci à vous tous. Au final, j’ai dû perdre au moins 1 heure avec tous ces arrêts bobos.

UNE MÉTÉO PLUVIEUSE

Quant à la météo, je me disais que je préférerais ne pas avoir de grande chaleur, y aurait-il quelqu’un qui m’a écoutée ? Les prévisions météo avaient annoncé la veille, un temps pluvieux à partir de 17H, merci la météo…c’était tout faux, il a plu toute la journée jusqu’à 17H…Voyez l’erreur. Mes sparadras n’ont bien évidemment pas tenu la distance avec ce temps pourri puisque nous étions aussi trempés que des serpillières. C’est également là que l’on se dit qu’avoir un gentil suiveur en vélo c’est le bon plan pour apporter suffisamment de rechanges sans en avoir le poids sur le dos. Personnellement, en temps normal, je préfère largement courir sous la pluie que sous un soleil de plomb, donc cela ne m’a pas vraiment dérangée. J’avais juste peur d’être frigorifiée la nuit tombante.  Nous avions tout de même prévu des changes, vous allez rigoler j’avais même pris mon bonnet et mes gants au cas où.

Le premier marathon s’est donc terminé dans la souffrance à cause des douleurs qui devenaient de plus en plus insupportables aux pieds, associées au réveil de mon amie la cruralgie du côté gauche. Si vous ne savez pas ce que c’est qu’une cruralgie, je vous souhaite de ne jamais avoir à en souffrir, c’est un peu comme si on essayait de vous arracher la cuisse en partant de la hanche. No comment !

Ce qui est assez étrange, c’est que partout ailleurs, physiquement je me sentais super bien, du coup je ne me suis même pas dit que j’allais abandonner car je savais que j’étais capable de la terminer même si ça devait être en marchant.

Nous repartons donc tant bien que mal, ou plutôt devrais-je dire, plus mal que bien pour la deuxième boucle que tout le monde annonce comme l’enfer. Bon l’enfer c’est un peu fort quand même les gars, venez faire la Traversée de Verbier avec ses 5000 m de dénivelés et on en reparle après… Mais revenons à cette deuxième boucle, la première montée en-dessous du viaduc est assez longue mais elle est plutôt douce en réalité, de nombreux coureurs/marcheurs nous ont d’ailleurs dépassés avec les bâtons. Et c’est là que nous avons également croisé le gagnant de Millau HOURA !!! et les suivants qui arrivaient en sens inverse gais comme des pinsons.

Alors, c’est quand même une course un peu sado masochiste Millau, non seulement tu en baves mais en plus tu croises sur toute la deuxième partie tous ceux qui sont plus rapides que toi et qui vont arriver pour dîner alors que toi il te reste encore plus de 30 bornes à courir. Autant apercevoir les premiers est un moment assez excitant autant quand tu te retrouves au 60ème km dans la deuxième montée la plus longuuuuuuuue vers Tiergues, tu rigoles un peu moins, surtout quand ceux qui redescendent eux en sont à leur 80ème km et qu’ils te lancent dans leurs derniers souffles un COURAGE ! Heu, courage…Pourquoi ils disent tous ça, on va devoir affronter quoi ensuite ? un loup garou, des morts vivants, un requin, une tempête de sable…Non, là, je n’ai pas bien compris le sens de ces encouragements. Je crois même que c’est à ce moment-là que j’ai senti les larmes couler sur mes joues, j’avais tellement mal aux pieds que c’était un vrai calvaire à supporter, alors quand mon copain a eu le malheur de me dire « tu ne peux pas avancer plus vite » j’ai vu rouge, il est où le Loup garou ? La nuit était déjà tombée alors que nous étions dans la montée, puis nous nous sommes changés aux ravitos : chaussettes propres et sèches, lampe frontale, bonnet et gants pour ne pas avoir froid et c’est reparti difficilement jusqu’à Saint-Affrique.

A ce moment-là, je savais que c’était le retour vers Millau qui s’enclenchait, le plus dur était derrière moi mais je ne m’attendais pas à ce que le ravito de retour de Tiergues soit le théâtre de ma délivrance. En effet, depuis le 30 ième km, je n’avais pas voulu m’arrêter « encore » pour refaire mes bandages malgré la douleur qu’ils me causaient mais là c’était le sens du retour, je n’en pouvais plus, il fallait que je trouve une solution. Heureusement, il y avait au poste de secours un médecin aussi adorable que compétent qui m’a prise en charge. Il m’a retiré bandages et compresses trop épais, m’a mis une crème anti-inflammatoire, posé de nouvelles compresses et cette fois-ci miracle les a remplacées par des bandages autocollants, avec en prime un comprimé anti-inflammatoire.

77ème KM, LA DÉLIVRANCE

Nous sommes donc repartis, j’avais peur que ces soins ne soient pas suffisants mais ce fût tout l’inverse, le plaisir de l’effort sans la douleur allait réapparaitre au 77ème km de cette aventure et me porter malgré la fatigue jusqu’à la fin. Assez rapidement dans la descente vers St Rome de Cernon je me suis sentie beaucoup mieux, je n’avais plus mal du tout à l’aine et ne sentais presque plus mes douleurs aux pieds, j’avais envie de courir mais j’ai préféré en garder sous le pied pour la fin au cas où la douleur devait réapparaître, je pense que ce fût mon erreur, j’étais capable de courir dans cette superbe descente, j’y aurais pris beaucoup de plaisir. En revanche, il y a un ravito que je garde en mémoire c’est celui du Pont du Dourdou si je ne me trompe pas, au loin je voyais une lumière verte puis plus on se rapprochait et plus on entendait une musique a tue-tête, genre Patrick Sébastien chantant un air de « Mon petit bonhomme en mousse » vous voyez… j’aurais jamais cru que cela me ferait autant plaisir d’écouter ce genre de musique en pleine nuit, ça m’a mise de bonne humeur avant d’enclencher la dernière montée sous le viaduc de Millau. A ce moment-là, mon chéri comme piqué par un frelon géant du Mexique, a décidé d’accélérer le pas et miracle j’ai suivi sans broncher. Je n’ai plus mal nulle part, on peut y aller, on dépasse beaucoup de monde à partir de cette dernière montée, tout le monde est épuisé. Puis, vient la dernière descente vers Millau et là on continue sur notre lancée, on court jusqu’à l’arrivée, je me sens fatiguée mais je suis tellement heureuse de ne plus ressentir mes douleurs et de pouvoir enfin éprouver le plaisir de courir que je me laisse porter. Nous arrivons à Millau un peu avant 3H du matin.

L’arrivée est très bien faite. Même si l’on n’est pas les premiers on se sent attendu, on nous applaudit, des photos sont prises et on nous remet immédiatement nos diplômes de 100 bornards et un cadeau surprise , une trousse de voyage. Nous sommes un peu étonnés par ce cadeau je dirais inattendu !

Étrangement, même si je suis fatiguée et que la course a était difficile mentalement pour moi, je sais que je ne suis pas épuisée en arrivant au bout de ce 100km. Est-ce que cela signifie que je n’ai pas encore atteint ma limite personnelle !

Après la course, direction dîner d’après course. Il est plutôt bon, mais en vérité je me force à avaler quelques bouchées, je n’ai pas très faim à cette heure-là. Puis direction dodo évidemment, nous avons très bien dormi. Le lendemain Dimanche lui a était assez difficile, nous n’avons pas fait grand chose, j’ai mal partout. Nous sommes repartis le Lundi vers Paris avec encore quelques contractures musculaires mais dès le Mardi, plus rien, nous étions en forme et vous savez le plus drôle ? lorsque j’ai enlevé mes bandages aux pieds le lendemain de la course, il n’y avait plus aucune trace d’écorchures sous mes pieds ! Les Mystères de Millau.

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