Le lien corps-esprit lors d’un traumatisme (2ème partie)

Le lien corps-esprit lors d'un traumatisme
The following two tabs change content below.
Thierry Mignon

Thierry Mignon

Thierry Mignon est un sophrologue-sophrothérapeute situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Membre du réseau de praticien Skappy, il vient de temps en temps s'exprimer sur notre blog sur des sujets qui le tiennent à cœur.

Le corps et l’esprit lors d’un traumatisme (2ème partie)

Aujourd’hui, Thierry Mignon vient nous parler du lien entre le corps et l’esprit lors d’un traumatisme. Le sujet à aborder étant assez vaste, l’article a été séparé en plusieurs parties. Vous pourrez retrouver la première partie de cet article en cliquant ici. La troisième partie sera quant à elle postée d’ici quelques semaines. Bonne lecture !

Le travail en RDC2 dont j’ai déjà parlé dans la première partie, est effectué en dehors du cabinet à favoriser la résurgence d’une problématique « occultée », et ce depuis longtemps. Comment ? Grâce à l’ancrage dans l’ici et le maintenant d’une séance audio. Pour ce faire, j’ai proposé à Toinette un voyage à la campagne. Elle choisirait un lieu rassemblant toutes les conditions pour le relâchement. Elle pouvait à sa guise recréer l’espace de sérénité utile à son voyage, le modifier à volonté et l’entretenir. Mais il fallait aussi retrouver les sensations de son propre corps. Par exemple s’étendre sur l’herbe, découvrir les bruits de cette nature, le souffle de l’air sur sa peau, définir une lumière solaire douce, calmante etc…

Ce contexte favorisa le relâchement des tensions intérieures pour permettre une « connexion » intrinsèque. Il s’agissait d’un retour en quelque sorte vers sa propre histoire. Elle pouvait la regarder en toute quiétude, sans craindre le danger. Elle était à la fois spectatrice et actrice, mais dans un lointain passé, comme lorsque l’on regarde des photos souvenirs.

Installer un contexte neutre

L’idée, après lui avoir expliqué l’objectif vers lequel tendre, fut d’induire un contexte neutre, en accueillant les sensations sans les interpréter dans un premier temps. Comme je le dis toujours durant cette phase du travail : » les sensations sont comme les nuages dans un ciel d’été, ils vont et viennent ». De fait, l’angoisse naturelle du questionnement  « Et si je ne ressens rien ? » est relatif.

De plus en plus calme à l’inter-séance, je lui ai proposé « d’envisager » qu’un évènement  « rôdait » dans sa mémoire. Que ces douleurs abdominales, pouvaient être le résultat d’une angoisse refoulée. Cette direction s’est imposée à moi lorsqu’elle fit allusion – très rapidement – à un point central de son enfance. Mais comme nous le verrons plus loin, ce fut rapide, évoqué en une seconde pour très vite aller vers autre chose.

Prendre son temps face à un traumatisme

A la consultation suivante, je lui ai proposé de revenir sur ce point par la reformulation. Il me fallait éloigner une interprétation hâtive. C’est extrêmement important. Toinette semblait retenue, décrivant ces évènements de très loin, comme une spectatrice, le ton synthétique, analytique… Mais le simple fait de l’évoquer montrait qu’elle était au bord de quelque chose : Un seuil prêt à être dépasser.

Il me semblait important qu’elle s’autorise à nommer avec « SES MOTS » « SON VECU« , et « SES SENSATIONS ». Pour favoriser cette étape, je lui ai proposé de s’adresser à un objet  (symbolisant ce qu’elle s’empêchait de dire vraiment) par une libre association de phrases. Cette phase de travail est importante dans ce cas précis. Pourquoi ? Parce que très souvent, les sentiments jugés négatifs sont réfrénés, acidifiant (si je puis dire) le rapport à soi et aux autres. Il y a l’élaboration d’une distance face à un évènement rebutant. Cette « distanciation » est une digue, visant à stopper « la submersion post-traumatique » (j’y reviendrais). C’est une attitude aux conséquences multiples pour le corps et un double traumatisme dans le cas de Toinette.

Une fois libérée, je lui ai demandé de jeté l’objet, de s’en débarrasser, pour symboliquement « SE SIGNIFIER » la fin de sa retenue. Cette méthode est tirée de la thérapie comportementale brève. Elle donne de bons résultats en permettant « d’extérioriser sur une représentation » l’interdit, et ainsi d’y mettre un terme.

Faites appel à notre réseau de praticiens spécialisés

La découverte du traumatisme

Ce fut la découverte, le déclic. Toinette fut violentée sexuellement. Cette redécouverte actait de fait son tout nouveau statut : celui de victime. A ce stade de son travail, elle disposait d’une nouvelle information sur son histoire. Elle pouvait, grâce à cette dénomination, se rassembler, commencer à comprendre ce que ce statut lui permettait. Le droit naturel qu’a toute victime d’être reconnu, la négation des proches, le rôle de la famille dans l’accueil d’une telle information.

Pour autant, est-il facile d’approcher une violence sans la conscience des chocs en retour ? Comment vivre avec cette découverte, et ce qu’elle implique dans toute sa dimension ? Enfin, comment accueillir confortablement Toinette, en lui permettant de déposer « ses bagages » avec respect, congruence et attention ? Comment rendre au corps sa place et renouer le dialogue émotionnel, en déculpabilisant ? Car cette prise de conscience n’est que le début de l’histoire. Certes le travail fait en amont depuis des années, a préparé cet évènement. Découvrir cela n’est que le début d’un parcours complexe. Il demande pour le thérapeute que je suis de mobiliser toutes mes forces, toute ma présence pour aider Toinette.

L’attitude thérapeutique

  • Chercher à comprendre les liens d’un événement, notamment avec le vécu.
  • Examiner l’interprétation (à postériori) de l’événement et de ses réactions.
  • Identifier les aspects émotionnels associés au trauma (anxiété et peur / honte, culpabilité, colère…).
  • Encourager à parler de l’événement traumatique sans forcer à le faire.
  • Être empathique face à son vécu.
  • Démontrer, comprendre les craintes sans juger le patient.
  • Éviter « le style interrogatoire » en posant des questions ouvertes.
  • Prévoir un temps d’entrevue suffisamment long pour permettre à la victime d’exprimer son vécu émotionnel.

Cette méthode va permettre de faire sortir de manière cadrée les conséquences du trauma et ses éventuelles difficultés depuis l’accident, l’agression, l’attaque. Durant cet entretien on va expliquer que les conséquences d’un traumatisme sont variables et dépendent de nombreux facteurs. On peut comparer le traumatisme et ses suites à une pierre lancée dans l’eau : les ondes produites au point d’impact sont violentes puis progressivement elles s’atténuent pour finalement disparaître. Il est important que le patient comprenne qu’il réagit de manière normale et adaptée dans des circonstances exceptionnelles.

Ses souvenirs ont mis en scène des acteurs auteurs de ces violences. C’est seulement une fois les coupables nommés que peut commencer le travail de reconstruction, étape essentielle vers la résilience. Comment a-t-on travaillé ? Qui sont-ils ? Par quelles étapes les souvenirs ont refaits surface ? Je développerais le mécanisme de culpabilité qui freine les étapes dans la troisième partie. Car les victimes doivent doublement se battre…

Thierry Mignon

Sophrologue et sophrothérapeute

http://www.psychotherapie-sophrologie.fr/

The following two tabs change content below.
Thierry Mignon

Thierry Mignon

Thierry Mignon est un sophrologue-sophrothérapeute situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Membre du réseau de praticien Skappy, il vient de temps en temps s'exprimer sur notre blog sur des sujets qui le tiennent à cœur.

1 Commentaire

Les commentaires sont fermés.