Le lien corps-esprit lors d’un traumatisme (1ere partie)

Le lien corps-esprit lors d'un traumatisme
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Thierry Mignon

Thierry Mignon

Thierry Mignon est un sophrologue-sophrothérapeute situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Membre du réseau de praticien Skappy, il vient de temps en temps s'exprimer sur notre blog sur des sujets qui le tiennent à cœur.

Le lien corps-esprit lors d’un traumatisme (1ere partie)

Aujourd’hui, Thierry Mignon vient nous parler du lien entre le corps et l’esprit lors d’un traumatisme. Le sujet à aborder étant assez vaste, cet article sera publié en deux parties. Vous pouvez retrouver la seconde partie en cliquant ici.

Si l’on admet l’unité du corps/esprit, qu’en est-il des violences ? Aujourd’hui, dans le domaine du trauma, on considère qu’une première étape essentielle et incontournable avant d’aller vers le cœur du trauma (c’est à dire élaborer sur ce qui s’est passé pour permettre enfin l’intégration des évènements à la vie psychique et passer ainsi d’une mémoire traumatique à une mémoire narrative), est d’apprendre à la personne et développer chez elle des moyens de réguler ses émotions (ex : sophro-respiration, être dans le moment présent pour observer les sensations, les identifier, être avec, ce qui permet ensuite l’autoréflexion sur ces sensations), de se stabiliser et de savoir se sentir en sécurité.

Seulement, une fois ce travail effectué, on peut aller vers le cœur du trauma – faute de quoi, il y aura soit évitement de la part de la personne, car elle sait qu’elle ne saura pas gérer et qu’elle va décompenser. Ce n’est pas une question de manque de volonté, mais plutôt un manque de moyen. En effet, généralement la maltraitance infantile a plusieurs grosses conséquences :

  • Le trauma et le stress post-traumatique chronique
  • La non-acquisition de moyens de réguler et gérer ses émotions, puisque normalement ce sont des choses que les parents apprennent et transmettent à leurs enfants. Cependant, s’ils les maltraitent, ils ne leur transmettent pas cette information.
  • L’absence de notion de sécurité, y compris de sécurité intérieure – ce qui est essentiel dans la capacité à « être avec » ses émotions et les réguler.

La sophrologie permet définitivement de travailler la base où on apprend des ressources internes pour réguler et gérer et vivre avec ses émotions.

Les événements traumatisants refoulés aboutissent à la rumination. Faire une psychothérapie peut durer des années. Pour que la thérapie soit efficace sur le long terme, je crois qu’elle impose une prise en charge régulière et une grande disponibilité thérapeutique. La sophrologie peut aider à la reconstruction du schéma corporel, à la conscience des interactions, à consolider et adapter la guérison.

Le schéma corporel est directement lié à la construction interne de l’histoire de la personne. Les conscientisations peuvent être dangereuses si elles ne sont pas gérées dans un cadre strict. L’intérêt de la sophrologie semble évident. Elle permet, par la prise de conscience du corps, le rapprochement des deux parties, en complément d’une aide extérieure adaptée. Elle peut aider et favoriser le dialogue intérieur. La guérison sera élaborée dans le présent. Il sera permis de comprendre les effets dans les mécanismes actuels et la réappropriation du corps.

Comme le montre ce que l’on sait sur la formation de la mémoire traumatique, un souvenir traumatisant, quelle que soit sa nature, est d’abord inscrit dans le corps. Il a pris naissance en lui, ou en porte des traces visibles.

Le  parcours de Toinette, 56 ans, chanteuse lyrique.

Je vais vous parler dans cette série d’articles de sa consultation. Je vous ouvre la porte de mon cabinet en utilisant un pseudonyme pour ma patiente. Son histoire est celle d’une rencontre et d’une thérapie qui se dévoile au cours des mois. Toinette m’a autorisé à parler de son parcours, de ses luttes et des raisons qui l’ont conduite à lever le voile sur un secret, Son secret : un traumatisme brutal. Si les faits exposés sont réels, son histoire pourrait être celle de n’importe laquelle ou lequel d’entre nous.

Elle est venue à cause de douleurs abdominales sans pathologies associées (après vérifications médicales). Elles semblent avoir été un catalyseur. Ces douleurs « suivantes » de sa petite enfance sont les seuls liens tangibles, avec son vécu intrinsèque.

Ce qui motivait la consultation était bien évidemment tout autre. Il s’agissait de problèmes de respiration, notamment un diaphragme bloqué, l’empêchant de chanter. Les nuits agitées se sont multipliées depuis sa petite enfance sans vraies raisons apparentes, mais à des tranches horaires identiques entre 6 ou 8 ans. Ces douleurs abdominales furent handicapantes dans les parties diurnes et nocturnes, en s’accentuant année après année. Toinette exprimait une vraie souffrance.

Comment lui proposer de renouer avec son corps ?

Nos deux premières séances ont tenté « d’approcher », « de cerner » cet inconnu : le corps de Toinette. Mais comment arriver à la détente dans un contexte oppressant ? Cette étape essentielle du travail de la sophrologie est appelé Relaxation Dynamique Caycédienne du 1er niveau où (RDC1). Elle s’inspire du yoga. On peut également la nommer degré de la concentration. Pratiquée au début de chaque séance, elle induit une approche de notre schéma corporel : notre forme, notre mouvement, notre tonus musculaire. Nous apprenons également à respirer correctement. Lentement, nous sommes capables d’éliminer les tensions physiques et de « somatiser » les sensations positives physiques globales.

Ces outils lui ont permis (dans un premier temps) de détendre « l’ici et le maintenant » des consultations. Mais être présente en soi, demande une disponibilité, ce qui a contrario était complexe pour elle en situation douloureuse. Il me fallait débloquer sa respiration, lui permettre de renouer un début de dialogue avec son corps. En d’autres termes, amorcer une reprise de dialogue.

Ouverture de la conscience face à un traumatisme

Pour lui permettre d’ouvrir sa conscience face à cette zone douloureuse, je lui ai proposé un dialogue abdominal, mais à haute voix cette fois. Ainsi, le toucher et la parole associée a facilité la délimitation d’un contenant et d’un contenu (les organes, les muscles). Elle pouvait s’adresser à lui comme à une personne vivante.

Toutefois, j’ai veillé à ne pas induire une « dissociation », en lui expliquant le but de cette méthode. Elle n’était pas « deux personnes indépendante » mais bien une seule. Ainsi, et ce très progressivement, elle a pu libérer de la pression pour s’écouter. La respiration abdominale profonde, le relâchement des muscles durant les premières séances a dégagé l’espace nécessaire pour qu’elle gagne en autonomie et ce, de plus en plus longtemps.

En complément de cette action, je lui ai proposé de s’adresser à son abdomen, de lui parler non plus comme à un ennemi (car à l’origine de sa douleur), mais de l’envisager comme le contenant d’une autre histoire plus profonde, enfouie et prête à sortir.

Trouver la source des douleurs

Ces douleurs pouvaient elles être une somatisation ou un moyen échappant à sa volonté d’exprimer par son corps ce que son esprit retenait ? Si oui, comment lui permettre d’exister sans l’angoisse de leurs survenues ? Enfin, Toinette pouvait-elle relier des événements stressants à ces épisodes douloureux ? Elle est actrice de sa propre vie comme chacun d’entre nous.

Pour qu’elle puisse poursuivre sa réflexion à l’inter-séance, je lui ai proposé de faire quelques enregistrements de sophrologie n’excédant pas 30 minutes, pour permettre d’apaiser des montées de stress en dehors du cabinet. Le but de ce travail est de desserrer les pressions et enfin, de commencer à induire de nouveaux réflexes. S’écouter, s’entendre, se choyer. C’est aussi la préparer à la suite du travail. C’est lui donner d’atteindre un espace intime, un lien nouveau avec son ventre douloureux. Comment ? Par la RDC2.

La RDC 2, « degré contemplatif »

Ce deuxième degré s’appelle aussi « degré contemplatif ». Sa pratique va aider à prendre conscience de notre esprit, de notre corporalité, pour commencer à conscientiser nos pensées. Nous développons la contemplation senso-perceptive externe et interne. C’est une concentration sur le mental. Le deuxième vécu est celui de l’esprit. De la même manière, nous allons éprouver les phénomènes qui naissent de notre esprit. Tout ce qui se vit, va enrichir notre conscience des phénomènes les plus intimes de notre être (sensations, sentiments, émotions).

C’est à une véritable capacité de contempler notre schéma corporel. Ce travail permet de constater que si le corps est limité,  la conscience est illimitée.

Je vous donne rendez-vous très bientôt pour connaître la suite lors de la lecture de la seconde partie !

Thierry Mignon

Sophrologue et sophrothérapeute

http://www.psychotherapie-sophrologie.fr/

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Thierry Mignon est un sophrologue-sophrothérapeute situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Membre du réseau de praticien Skappy, il vient de temps en temps s'exprimer sur notre blog sur des sujets qui le tiennent à cœur.